Publié par Adrien CITEAU le lun, 03/06/2019 - 12:58

La SAPN, la Société alpine de protection de la nature des Hautes-Alpes, a émis des doutes concernant le projet de création du plan d'eau de Gap, situé à la Plaine de Lachaup. Après avoir questionné le maire Roger Didier, la SAPN attend toujours sa réponse, notamment sur l'alimentation du bassin, les débits réservés de la Luye, le traitement des eaux usées...
Communiqué de la SAPN 05 :
Plan d’eau de GAP à Lachaup : des interrogations restées sans réponse.
Alors même que les travaux préliminaires et de dépollution du futur plan d’eau de Gap à Lachaup ont commencé, la Société Alpine
de protection de la nature (SAPN) a questionné Monsieur le Maire de Gap sur ce projet par lettre du 15 avril 2019 restée à ce jour sans réponse.
La SAPN s’interroge sur l’alimentation en eau de ce plan d’eau aux fins de loisirs coincé entre la RN85 et la zone artisanale de Lachaup qui va nécessiter un prélèvement de 102 000 m3 /an dans la nappe phréatique de la Luye et, au besoin, dans le Rousine alors même que le bassin Gapençais connaît des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes et aiguës.
A défaut de disposer d’une alimentation naturelle à proximité, ce plan d’eau sera alimenté par un pompage dans la nappe de la Luye et la réalisation d’une canalisation de... 2,21 km pour acheminer l’eau nécessaire prélevée dans la nappe affleurante voire dans le lit lui-même de la rivière.
A cette occasion, la SAPN déplore que la gestion de la rivière La Luye ne soit assurée par aucune collectivité territoriale du bassin Gapençais en en faisant une rivière orpheline de gestionnaire contrairement au Drac ou au Buëch.
Ce projet pose la question de la sécurisation de l’alimentation en eau du plan d’eau, mais surtout le maintien d’un débit réservé suffisant de la rivière.
En effet, à plusieurs reprises, le lit de la Luye a été asséché (2003-2007-2016 entre autres) suite à des sécheresses sévères.
Le rapport du bureau d’étude missionné pour ce projet souligne que le débit de la Luye est soutenu par des débits de colatures issus du Canal de Gap tant que ce dernier est en service pour l’irrigation. Lorsque le canal de Gap ne dérive plus, le débit de la Luye chute rapidement ce qui va inévitablement poser problème lors de la mise en place désormais chaque année de mesures de restrictions d’eau.
Le projet va s’accompagner d’une baisse du débit de la Luye comme le souligne le rapport d’étude. Le QMNA5 de la Luye est estimé à 110 l/s.
Que se passera-t-il alors en deçà du débit réservé prévu de 200 l/s ? Le plan d’eau ne pourra plus être alimenté et la capacité de dilution des eaux de la station d’épuration des eaux usées de GAP (STEP) ne pourra plus être assurée.
Déjà on constate en aval de la STEP de la ville une qualité chimique très médiocre de la rivière liée aux rejets des effluents de cette dernière et que le débit prélevé ne pourra qu’amplifier en période de sécheresse.
Par ailleurs, la qualité de la Luye en amont du captage prévu pose aussi question : présence de pesticides, métaux lourds, pollutions occasionnelles aggravées par les rejets de nitrate et d’azote du torrent de la Madeleine qui se jette dans la Luye.
Quand bien même un traitement par filtre à sable et UV sera prévu avant remplissage des deux bassins du plan d’eau, il ne pourra éliminer les éléments précités. De plus, la faible profondeur des bassins de l’ordre de seulement 1,50 m va être impacté en été par une forte évaporation et une température élevée incontrôlable qui va engendrer la prolifération d’algues incompatible avec la baignade et le caractère touristique du site.
Le rapport du bureau d’études n’apporte aucune précision quant au calendrier de mise en eau du plan d’eau, de son maintien à niveau, le tout en fonction de la courbe de débit de la rivière. Une étude complémentaire s’avère dès lors indispensable pour s’assurer de la faisabilité du projet d’autant qu’une étude d’impact a été rendue obligatoire par les services de l’Etat (DREAL PACA). Par ailleurs qu’en est-il des déclarations « loi sur l’eau » rendues nécessaires pour cette opération ?
Enfin, nous nous étonnons que cet aménagement qui concerne la gestion des milieux aquatiques prévu par l’article L.211-7 I 2° du Code de l’Environnement ne soit pas porté par la Communauté d’agglomération Gap-Tallard-Durance comme le prévoit l’article L.5216-5 du Code général des collectivités territoriales.
Nous attendons des réponses à nos questions qui permettront de nous éclairer sur la réalisation de cette zone de baignade.
Retour sur notre précédent reportage auprès des riverains de la Plaine de Lachaup :
C'est l'un des grands projets du maire de Gap, Roger Didier : la création d'un plan d'eau quatre saisons à la plaine de Lachaup au Sud de la ville. Pour 4 millions d'euros, l'installation devrait être implantée sur huit hectares, comprenant deux parkings. Les travaux s'achèveront fin 2020, et la municipalité est convaincu qu'elle séduira aussi bien les habitants que les vacanciers. Pour autant, le projet suscite l'opposition d'une partie des habitants du quartier de la Tourronde qui dénonce la pollution supposée du site et les nuisances sonores qui en découleront. Reportage D!CI TV :
